ASSOCIATION AVIGOLFE

LETTRE OUVERTE à Monsieur le MINISTRE DE LA DEFENSE


Monsieur le Ministre,

Cela fait seize ans que les troupes françaises accompagnées de civils, techniciens, ingénieurs et autres, sont parties dans le Golfe au nom de la défense de la démocratie, pour libérer le Koweït.

Cela fait seize ans qu’'un certain nombre de ces mêmes personnes meurent ou souffrent de ce que l’'on appelle depuis le « syndrome de la guerre du Golfe » ou les « maladies de la guerre du Golfe ».

Cela fait seize ans que l’'Etat français nie sa part de responsabilité et refuse de reconnaître leurs droits.

Vous n'’êtes pas sans savoir que, depuis juin 2000, l’'association Avigolfe, Association des victimes civiles et militaires de la guerre du Golfe, se bat pour cette reconnaissance.

Les autorités américaines et britanniques ont fini par admettre que leur personnel avait été soumis à un certain nombre de facteurs de risques sanitaires.

Nous avons apporté toutes les preuves nécessaires dans l’'enquête que nous avons menée suite aux conclusions de la mission parlementaire mise en place en 2000. Nous avons montré, malgré quelques résultats intéressants allant dans le sens de nos affirmations, comment l'’enquête épidémiologique commandée à l'’Inserm par le ministère de la Défense était biaisée et incomplète. Nous avons envoyé des dizaines de courriers aux ministres successifs de la Défense, recevant systématiquement des réponses « langue-de-bois ».

Pendant ce temps des anciens combattants ou civils, sont morts, morts des mêmes pathologies très spécifiques dont sont morts également les vétérans américains et autres. D'’autres se sont suicidés ou sont en traitement psychiatrique. Des enfants nés après la guerre présentent des malformations congénitales, dans des proportions anormales, comme le montre l’'étude épidémiologique.

Les morts n’'ont pas intéressé les chercheurs de l’'Inserm ni les ministres de la Défense. Ils n'’ont pas été pris en considération dans l’'étude malgré nos multiples demandes. La cause des pathologies, signes ou symptômes présentés par les malades non plus : les examens appropriés n’ont jamais été effectués.

Pourtant, des études sérieuses existent aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Deux puissances de la coalition qui après avoir longtemps nié la réalité de la guerre et ses conséquences sanitaires, ont finalement décidé d’'adopter une attitude plus responsable.

Monsieur le Ministre, à la veille du défilé de notre Armée sur les Champs-Elysées, nous aimerions vous poser une question toute simple : pourquoi la France refuse-t-elle de reconnaître ce que d’'autres de ses anciens alliés reconnaissent aujourd’'hui ?

En 2002, face au silence et aux manipulations de la vérité par le ministère de la Défense, certains d'’entre nous ont décidé de porter plainte. Le ministère de la Défense prend prétexte de ces plaintes pour se taire alors que le dépôt d'’une plainte est une décision personnelle qui n’'engage que le plaignant. Le problème de fond reste le même : les autorités françaises, et donc, vous, Monsieur le Ministre de la Défense, vont-elles oui ou non reconnaître enfin ce que tout le monde sait et dont nous avons apporté les preuves, à savoir que cette guerre fut chimique et radiologique, que les soldats ont subi certains traitements sans leur consentement éclairé et que un certain nombre en subissent physiquement les conséquences ?

Alors qu’il était candidat à l'’élection présidentielle, Nicolas Sakorzy nous avait écrit qu'’il s’engagerait à « poursuivre des études scientifiques sur le syndrome de la guerre du Golfe et que toute évolution favorable des recherches serait immédiatement examinée, les conséquences politiques et administratives seraient rapidement tirées. »

Nous espérons, Monsieur le Ministre, qu'’il ne s’agissait pas là de promesses électorales. Nous espérons que ces recherches sérieuses et responsables vont effectivement être engagées. Nous espérons également que les autorités françaises tiendront finalement compte des études déjà existantes, voire des décisions de justice comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, et des décisions prises par leurs anciens alliés de la coalition.

Nous avons apprécié à sa juste valeur l’'avis de la CCSDN de déclassifier certains documents Confidentiel-Défense ou Secret-Défense. Nous espérons qu'’il ne s'’agira pas là de la énième mascarade des autorités françaises mais d'’une réelle volonté de faire toute la vérité.

Nous espérons, enfin, Monsieur le Ministre, que vous saurez mettre un terme à cette situation indigne pour notre pays et nous avons l’'honneur de vous demander d’'accepter de nous recevoir afin de connaître votre position face à ce problème.

Dans l’'attente de votre réponse, veuillez Monsieur le Ministre, acceptez nos salutations les plus respectueuses.

Pour AVIGOLFE

Le Président, Hervé DESPLAT

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