www.contaminations-chimiques.info > Phil Marso, vous venez de publier "Braquage de neurones ! Tu meurs ?", le premier livre de prévention pour ados sur les dangers du téléphone portable. Qu'est-ce qui induit votre engagement sur ce sujet ?

Phil Marso : Fin 1999, je publiais le premier polar sur le téléphone portable ("Tueur de portable sans mobile apparent"). Le portable devenait un phénomène de société. Étant auteur de polar, je traque tous les faits de société, les tendances. Une seule condition s’impose avant de m’attaquer à un sujet, c’est d’être sensibilisé et de trouver une astuce originale pour en parler.

En 2001, j’ai prolongé le propos du livre en décrétant la "Journée Mondiale sans téléphone portable" (6 février – Saint Gaston, référence à la chanson de Nino Ferrer). Le principe de la journée est de provoquer un débat de réflexion sur tous les aspects de cet outil de communication. Dix questions étaient mises en avant, notamment la santé.

Au cours de la même année, n’étant pas assez informé sur le fléau des antennes relais, je me suis rapproché d’associations compétentes sur le sujet. J’ai assisté à quelques réunions internes en simple observateur. Malheureusement pour le monde associatif ma démarche est suspecte. On me pointe du doigt avec des sous-entendus mercantiles. Je déplore cette attitude. Ce qui fait que je n’ai jamais réussi à fédérer les associations en France autour de mon initiative citoyenne des Journées Mondiales sans téléphone portable. J’en suis à ma neuvième édition.

Cela étant, ce constat de suspicion ne date pas d’aujourd’hui. Dès 1995, lorsque j’ai abordé la prévention du sida à travers le polar ("Si… d’aventure !"), je rencontrais les mêmes soucis relationnels. Pour ma part, je reste un écrivain engagé mais indépendant. Il m’est arrivé d’être sympathisant auprès d’associations qui respectaient mon approche citoyenne.

www.contaminations-chimiques.info > Vous définissez cet ouvrage comme "le premier livre de prévention pour ados sur les dangers du téléphone portable". Y a-t'il besoin d'ouvrages s'adressant spécifiquement à cette tranche d'âge ?

Phil Marso : Les ados d’aujourd’hui seront les citoyens de demain. Il me paraissait évident qu’il fallait s’adresser à eux en priorité. En matière de prévention, il faut toucher la tranche d’âge la plus exposée (11-12 ans) au danger du téléphone portable. C’est à partir du collège où la tendance est de s’équiper d’un GSM. Celui qui n’en dispose pas, est exclu du groupe. Toute la difficulté des parents est de ne pas céder à la pression.

N’oublions pas non plus que nous entrons dans une société de plus en plus sécuritaire. On a peur de tout. « Braquage de neurones ! Tu meurs ? » aborde aussi cet aspect.

La question est de savoir si le 3G permet à l’ado d’être plus autonome. Je n’en suis pas persuadé. Au contraire, l’industrie de la téléphonie éduque dès le plus jeune âge à devenir des consommateurs addict.

www.contaminations-chimiques.info > En quoi les messages sont-ils ou doivent-ils être particuliers ?

Phil Marso : Pour toucher l’ado, il faut s’approcher de son univers pour qu’il se sente impliqué. « Braquage de neurones ! Tu meurs ? » raconte l’aventure de six ados de 9 à 16 ans surnommés la bande des Olympiades. Ils veulent braquer 600 coffres au 20/20. C’est un établissement privé de soutien scolaire. Qu’est-ce qu’il y a dans ses coffres ? De l’argent ! Non, on y trouve le savoir de l’humanité. Étant cancres, ces ados s’imaginent qu’en s’emparant d’un tel butin, ils seront les rois du monde. Ils disposent d’un 3G au nom énigmatique « Mobilou 29XX » qui va leur permettre d’accéder aux coffres. Prétexte pour les embarquer dans une série d’épreuves où tous les phénomènes de l’électromagnétisme sont abordés.

www.contaminations-chimiques.info > Qu'est-ce que le choix de la fiction, l'intervention d'un détective, apportent à la sensibilisation des jeunes ?

Phil Marso : Le roman policier est une littérature de terrain où il n’y a pas d’interdit. On peut tout se permettre. C’est dans cet état d’esprit que depuis 1995, j’aborde les faits de société et de santé à travers le polar.

« Braquage de neurones ! Tu meurs ? » n’est pas complètement une fiction puisqu’il colle au plus près de l’actualité. L’action se situe dans le 13ème arrondissement de Paris. A travers le récit on y découvre les préoccupations de ses ados : l’école, l’amour, facebook…

La bande des Olympiades regroupe des mômes d’origines diverses afin que le jeune lecteur se sent proche du récit. Mon détective récurent, John Wilson Bred, pour les besoins de l’enquête, se fait passer pour un SDF. Il a pour mission de neutraliser en douceur ses six ados et de récupérer le Mobilou 29XX. Il va les aider à cambrioler le 20/20 et à éviter les pièges de cet établissement de soutien scolaire. Ils vont être confrontés à différentes pièces qu’ils doivent franchir. Chacune d’elle parle de l’électromagnétisme : ligne haute tension, wifi, 3G, écran d’ordinateur et téléphone portable.

www.contaminations-chimiques.info > A partir des retours que vous avez de vos lecteurs, pensez vous que les messages passent correctement ?

Phil Marso : L’ouvrage est sorti le 6 février 2009, il est trop tôt pour le savoir. Néanmoins, « Braquage de neurones ! Tu meurs ? » est conçu à deux niveaux de lectures.

Le premier est un récit qui mélange humour et imaginaire pour tenir en haleine le lecteur.

Au niveau du deuxième, je distille plein d’informations liés à l’électromagnétisme.

Un enseignant peut ainsi proposer un exercice à ses élèves pour relever toutes ces informations et en débattre en classe. L’objectif de cet ouvrage est qu’il puisse être disponible petit à petit dans les CDI des lycées, collèges, voire les bibliothèques.

Ainsi, le jeune lecteur aura peut-être une autre approche de l’utilisation du téléphone portable. En un mot, il faut rester vigilant à toutes les avancées technologiques.

www.contaminations-chimiques.info > Que pensez-vous de l'attitude des pouvoirs publics et agences en charge de la santé publique sur ce dossier ?

Phil Marso : La secrétaire d'état à l'Ecologie, Chantal Jouanno a déclaré récemment qu’il faut interdire le téléphone portable en dessous de six ans. C’est irresponsable ! Elle donne le feu vert à l’industrie de la téléphonie mobile d’équiper les plus jeunes à partir de 6 ans.

Roselyne Bachelot ministre de la santé avait fait un couac similaire en 2008, en déclarant début janvier qu’il n’était pas raisonnable de procurer un 3G à des pré-ados. Une préoccupation tardive sachant que pendant la période de Noël, les ventes de téléphones portables sont en hausse.

En matière de prévention, il y a pourtant des messages simples à faire passer sans forcément évoquer les risques sanitaires. Par exemple, un ados de 10 ans disposant d’un 3G peut être victime d’un spam SMS, l’orientant vers un service audiotel coquin. Les spams SMS, c’est un dossier que j’enquête depuis novembre 2008.

Le téléphone portable est devenu aussi un objet de convoitise côté racket. Certes, on peut souligner mon côté moralisateur. Mais ces deux arguments peuvent au moins questionner les parents du bien fondé d’équiper leur progéniture. Il est bon de rappeler la fragilité des tissus du cerveau des moins de 16 ans face aux champs électromagnétiques. C’est un classique ! Les parents ne sont pas toujours convaincus.

Il y a peut-être une autre piste de prévention à explorer à mon sens envers les plus jeunes. Notamment sur l’incidence climatique que génère la prolifération des 3G sur notre planète. C’est un sujet me semble-t-il pas assez évoqué.

N’étant pas scientifique à la base, néanmoins j’ai la conviction que les avancés technologiques peuvent être dévastatrice dans le futur. J’entends par la, que le citoyen doit être capable de maîtriser sa consommation. C’est mon message essentiel que j’essaye de faire passer dans mes ouvrages mais toujours sur un ton humoristique et non conventionnel.

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