Hypersensibilité chimique multiple : "On nous prend pour des fous", par Nathalie Vergeron
vendredi 9 octobre 2009 Par Denis Lebioda, dans Hypersensibilité chimique -# 97 - Fil RSS
Ensemble de symptômes invalidants, souvent confondu avec une réaction allergique, le syndrome d'hypersensibilité chimique multiple compte parmi les grandes énigmes médicales de notre temps.
Un article de Nathalie Vergeron publié par la revue Alternative Santé...
Atteint du syndrome d'hypersensibilité chimique multiple (SHCM, mais l'appellation MCS pour Multiple Chemical Sensitivity, est la plus courante) depuis une quinzaine d'années, Denis Lebioda, 49 ans, a le nez qui pique, les yeux et la gorge irrités, des signes d'asthme, dès qu'il est exposé à certaines substances chimiques. par exemple, lorsqu'il prend en main des journaux imprimés avec des encres particulièrement toxiques. Ces symptômes qui disparaissent quand le contact avec la substance responsable cesse, pourraient faire penser à une allergie... Pourtant, à ce jour, l'implication du système immunitaire n'a jamais été démontrée et les malades ne présentent pas des taux anormaux d'anticorps IgE ou IgG, sauf à souffrir par ailleurs d'allergies.
Décapants, pesticides, gaz d'échappement, parfums...
Selon les critères arrêtés lors d'une conférence internationale de consensus en 1999, le MCS se déclare après un premier contact (nasal, cutané ou alimentaire) avec une substance chimique qui provoque une sensibilisation. Il s'agit de décapants, pesticides, parfums, gaz d'échappement, produits de beauté, particules de tapis et meubles neufs, fumée de cigarette... Au fil du temps, l'organisme réagit à un nombre croissant de composés.
Mais les causes physiologiques du MCS restent une énigme pour les scientifiques. Certains chercheurs pensent que la zone du cerveau où sont gérées les émotions serait en cause, peut-être perturbée par des particules chimiques. D'autres s'interrogent quand à la réalité de cette maladie. "Les mêmes controverses refont surface" constate le Dr Michel Joffres, ancien directeur de recherche au Nova Scotia Health Center d'Halifax (NSCH, Canada), pionnier dans le traitement des maladies environnementales. "Le problème, c'est que nous ne disposons d'aucun test pour prouver son existence, d'aucune base biologique démontrant sa réalité", explique le Pr Denis Charpin, qui accueille parfois des malades du MCS dans son service de pneumologie-allergologie à l'hôpital Nord de Marseille. Les progrès dans la connaissance du MCS sont finalement quasi-inexistants, faute de crédits publics ou privés.
Phénomène répertorié dès les années 50 aux Etats-Unis, le MCS toucherait entre 0,2 et 6,3% des populations des pays riches, soit 120.000 à 3.780.000 personnes pour la France. Pourtant, il n'est toujours pas considéré comme une maladie par l'OMS. Seuls le Canada, l'Allemagne et le Benelux l'ont reconnu officiellement.
A Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon, Marseille, Nantes, Paris, Strasbourg, des allergologues hospitaliers commencent à s'intéresser au sujet. Mais beaucoup de médecins sont encore septiques. "En général, ils restent sourds aux symptômes et, en raison des implications neurologiques de la maladie, la majorité continue de nous prendre pour des gens psychologiquement dérangés" regrette Marion Tayol, co-fondatrice de l'association de malades SOS-MCS et elle-même atteinte du MCS.
Pas de traitement spécifique
En dehors de l'éviction des substances responsables, il n'existe pas de traitement spécifique contre ce syndrome. "Même si ce n'est pas de l'allergie, les médicaments antiallergiques peuvent être efficaces contre les troubles ORL, l'asthme" indique le professeur Charpin. Spécialiste de santé publique, il propose en outre à certains malades de les aider à identifier les substances en cause. Il est, en effet, à l'origine de la création, en 2002, de la Maison de l'allergie et de l'environnement (Mae). Cette structure associative des Bouches-du-Rhône envoie chez les malades, gratuitement sur prescription médicale, un conseiller habitat-santé qui recherche les constituants toxiques de leur logement. L'initiative, pionnière et fort utile, n'est pourtant pas soutenue par des financements pérennes et connaît actuellement quelques difficultés.
En tout état de cause, cela ne suffit pas à résoudre le casse-tête auquel sont confrontés les malades dans leur vie de tous les jours. Ne pouvant généralement plus travailler, ils se trouvent dans une précarité qui accroît leur isolement forcé : impossible de recevoir des amis portant des parfums ou se lavant avec certains gels douches, d'aller en ville dans la pollution des gaz d'échappement, etc. Reste l'exil à la montagne, la marche au grand air et le système D. C'est ainsi, par exemple, que Denis Lebioda, également membre de SOS-MCS, supporte aujourd'hui sa "maladie imbécile".
Le médicament miracle contre le MCS n'étant pas pour tout de suite, il serait temps que cette pathologie soit reconnue, afin que les malades puissent bénéficier d'un soutien médical, social et financier leur permettant de vivre décemment malgré ce qu'ils considèrent comme un "handicap invisible". Car s'il n'existe pas de preuves biologiques du MCS, ses symptômes, eux, sont bien réels !
# Source :
- Un article de : Nathalie Vergeron
- Publié par : Alternative Santé - Hors-Série n° 35 "Allergies"
- Décembre 2006

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