Edipémie de Sensibilité Chimique Multiple (MCS) : Une affection engendrée par une exposition à un agent chimique toxique

  • par le Professeur Martin L. Pall

Un article très important du Professeur Martin L. Pall sur la Sensibilité Chimique Multiple (MCS) a été publié le 23 octobre 2009 sous le chapitre XX de la prestigieuse revue de référence qui s'adresse aux toxicologues professionnels "General and Applied Toxicology, 3em édition" (John Wiley § Fils).

La sensibilité chimique multiple (MCS) est aussi connue sous l'appellation de sensibilité chimique, d'intolérance chimique et perte de tolérance induite par les toxiques (cette dernière appellation soulignant le rôle des agents chimiques dans l'initialisation des cas de cette affection.) (En France, on rencontre aussi l'appelation de SHCM).

L'article de M.L. Pall, intitulé "Sensibilité chimique Multiple : Questions toxicologiques et mécanismes" , fait état de 5 faits relatifs au MCS :

1. Le MCS est un trouble incroyablement commun, encore plus que les deux diabètes réunis.

Cela a été démontré par une série de neuf études épidémiologiques américaines et par une étude effectuée dans chacun des pays suivants : Canada, Allemagne, Suède et Danemark. Aux USA, environ 3,5 % de la population est sévèrement affectée par le MCS et un nombre bien plus conséquent, 12% de la population, l'est aussi de façon plus modérée.

Le MCS est, de ce fait, une affection épidémique largement répandue au niveau international qui a des implications majeures en terme de santé publique.

2. Le MCS est causé par une exposition à un agent chimique toxique.

Les cas de MCS sont déclenchés par une exposition à 7 classes d'agents chimiques incluant trois classes de pesticides, une classe très étendue de solvants organiques et composés apparentés. Des études publiées impliquent par ailleurs le mercure, l'hydrogène sulfuré, le monoxyde de carbone comme des éléments initiateurs.

Dans des études animales, l'ensemble des sept classes d'agents chimiques a montré une réponse commune dans le corps ; l'activité excessive d'un récepteur connu sous le nom de récepteur NMDA.

De plus, les études animales ont démontré que les agents chimiques faisant partie de chacune de ces sept classes peuvent voir leurs réponses toxiques largement abaissées par l'utilisation d'une médication qui diminue cette réponse NMDA. Du fait qu'une activité NMDA excessive se retrouve impliquée dans d'autres études faites sur le MCS, nous sommes maintenant en présence d'une réponse parlante qui explique comment ces agents chimiques divers arrivent à déclencher le MCS.

3. Le rôle des agents chimiques qui agissent comme des toxiques dans le MCS a été confirmé par des études génétiques.

Quatre études ont montré que des gènes jouant un rôle déterminant au niveau de la métabolisation des agents chimiques impliqués dans le MCS, ont bien une influence sur le niveau de sensibilité d'un individu et sur sa possibilité à devenir atteint par le MCS ou non.

Ces quatre études ont été publiées par des équipes de recherche originaires de trois pays : les USA, le Canada, l'Allemagne.

Elles ont toutes montré l'implication de six gènes déterminant dans la susceptibilité envers le MCS. Chacun de ces six gènes joue un rôle qui détermine le niveau de métabolisation des agents chimiques en lien avec le MCS.

Les études allemandes de Schnakenberg et de ses collègues sont particulièrement convaincantes et ont une impacte statistique élevée car elles impliquent quatre de ces six gènes.

Il n'y a qu'une interprétation possible concernant le rôle de ces six gènes qui déterminent le niveau de susceptibilité envers le MCS : les agents chimiques agissent comme des toxiques dans l'initialisation des cas de MCS et la métabolisation de ces agents chimiques en des formes qui sont plus ou moins actives dans l'initialisation de la maladie, influençent ainsi la probabilité qu'a une personne à être atteinte de MCS ou non.

De ce fait, il est clair que le MCS est un phénomène toxicologique et les cas sont donc engendrés par une réponse toxique faisant suite à une exposition chimique.

4. Nous possédons maintenant un mécanisme détaillé et très documenté concernant le MCS.

Ce mécanisme explique le niveau élevé de sensibilité qui constitue le symptôme caractéristique du MCS ainsi que la façon dont sont générés de nombreux autres symptômes liés à cette affection.

Ce mécanisme est centré sur un cycle biochimique vicieux connu sous le nom de cycle NO/ONOO (oxyde nitrique/peroxynitrite) qui agit en interaction avec d'autres mécanismes précedemment impliqués dans le MCS comme la sensibilisation nerveuse et l'inflammation neurogénique.

Ces mécanismes agissent au niveau local, au sein de différents tissus du corps et génèrent une sensibilité locale dans des régions du cerveau et dans des tissus périphériques tels que les poumons, le système respiratoire supérieur, certaines zones de la peau et le système digestif.

Du fait de cette nature locale, les symptômes de sensibilité varient d'un patient à l'autre puisque les tissus touchés diffèrent d'un individu à l'autre.

En plus des éléments d'évidence mentionnés ci-dessus, ce mécanisme général est corroboré par une série de modifications physiologiques observées chez les patients atteints par le MCS ou par une des maladies apparentées.

Ce mécanisme est également corroboré par des études effectuées sur l'animal, par des réponses objectivement mesurables à des expositions chimiques de faible intensité et par des réponses thérapeutiques observées auprès des personnes atteintes par le MCS et maladies de la même famille.

5. Pendant plus de 20 ans, certains ont déclaré à tort que le MCS était un trouble psychogénique, généré à leur avis par un mécanisme psychologique mal défini.

Cette vision est cependant totalement incompatible avec les éléments de preuve dont nous avons parlé ci-dessus dans cet article. Alors que cette incompatibilité devrait suffire à elle seule à rejeter les déclarations psychogéniques, l'étude toxicologique du MCS fournit une liste de huit points majeurs supplémentaires qui vont à l'encontre de la position psychogénique.

La médecine offre une longue liste de déclarations psychogéniques erronées englobant par exemple des affections telles que l'asthme, l'autisme, Parkinson, les ulcères, la sclérose multiple, le lupus, la cystite interstitielle, la migraine, la colite ulcérative. Toutes ces affections ont été déclarées comme générées par des mécanismes psychologiques.

Le prix Nobel 2005 de physiologie et de médecine a été attribué aux docteurs Robin Warren et Barry Marshall pour avoir démontré que les ulcères sont bien causés par une infection bactérienne et n'ont donc pas une origine psychogénique.

Il est maintenant clair que le MCS est une affection physiologique initialisée par une exposition chimique toxique et que c'est à tort qu'elle a été déclarée comme étant d'origine psychogénique.



Martin L. Pall :

  • Martin L. Pall est professeur Emerite en Biochimie et Médecine de base à l'Université de l'Etat de Washington.
  • Il peut être joint (horaire côte Ouest = 8h en moins ) au 1- 503-232-3883 et sur son adresse email : martin_pall@wsu.edu .
  • Son site internet est le suivant : www.thetenthparadigm.org


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